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Isangila: la jeunesse abandonnée dans le secteur éducatif

sangila, territoire de Seke-Banza : Une jeunesse abandonnée par le système éducatif

Par notre rédaction locale – avec la contribution des jeunes journalistes communautaires

Au cœur du territoire de Seke-Banza, dans le secteur d’Isangila, une crise silencieuse frappe les enfants et les familles : celle de l’abandon éducatif. Entre les villages de Lubuaku et Kilengo, l’accès à l’école reste un parcours du combattant, au propre comme au figuré. Une seule école primaire, l’École Primaire Lundu, dessert toute cette vaste zone. Un fait inacceptable dans un pays qui se veut engagé pour l’éducation universelle.

Des enfants en danger pour apprendre

Chaque matin, des enfants, parfois âgés de seulement 6 ou 7 ans, quittent leurs foyers avant même le lever du jour. Ils marchent pendant plus de 6 kilomètres à pied pour atteindre leur école. Ce trajet se fait souvent dans des conditions éprouvantes : chemins glissants, végétation dense, risques d’agression ou de morsures d’animaux. “Nos enfants partent à 5 heures du matin, et parfois ils rentrent après 14 heures, affamés et épuisés”, déclare un père de famille rencontré à Kilengo.

Les familles dénoncent l’absence de toute structure éducative intermédiaire entre ces villages. À part l’EP Lundu, aucune autre école n’a été construite dans cette portion du secteur, pourtant densément peuplée. La conséquence est claire : de nombreux enfants abandonnent l’école dès les premières années, découragés par la distance et la fatigue.

Une école de l’État… sans État

Plus troublant encore, l’unique école de cette zone est considérée comme une école publique mais fonctionne sans aucun enseignant officiellement reconnu. Aucun agent — du directeur jusqu’au dernier enseignant — n’est matriculé. Cela signifie que l’État ne les considère pas comme ses agents : ils ne reçoivent aucun salaire, aucune prime, aucun encadrement administratif digne de ce nom.

“Nous tenons cette école à bout de bras, uniquement grâce à la volonté et aux sacrifices des parents”, explique un enseignant de l’EP Lundu. Ces enseignants vivent dans une précarité extrême. Leurs seuls revenus sont de petites contributions que les parents acceptent de verser par solidarité : “Moins de 50 000 francs congolais par trimestre”, précise un parent. Une somme dérisoire, surtout quand on sait que certains enseignants gèrent plus de 40 élèves par classe.

Pourtant, des inspecteurs scolaires continuent de visiter l’école, comme si elle était en règle. Une contradiction qui choque les enseignants : “Ils viennent vérifier les bulletins, les registres, la discipline… Mais aucun d’eux ne se pose la question de notre situation administrative”, s’indigne un autre enseignant.

Les voix du terrain : témoignages recueillis par les jeunes journalistes

Face à cette situation d’abandon, un groupe de jeunes journalistes locaux, formés à l’écoute communautaire, a décidé d’agir. Armés de leurs micros, ils ont sillonné la zone, donnant la parole à ceux qu’on n’écoute jamais : les villageois, les enseignants oubliés et les autorités locales.

Dans une interview recueillie à Lubuaku, l’assistant du chef de village exprime une frustration partagée par beaucoup :

    “Nous ne demandons pas l’impossible. Juste une école pour nos enfants, et que les enseignants soient traités comme des agents de l’État. Ce n’est pas une faveur, c’est un droit.”

Les témoignages révèlent une profonde détermination à améliorer la situation, mais aussi une colère croissante face au mutisme des autorités. Les jeunes reporters ont également recueilli des confidences de parents prêts à retirer leurs enfants de l’école pour les impliquer dans des travaux champêtres, “faute d’alternative crédible”.

Un avenir compromis, une jeunesse oubliée

L’impact de cette situation dépasse le simple cadre scolaire. Il s’agit ici du développement futur d’une région entière. Sans accès à l’éducation, ces enfants seront demain privés de tout levier d’émancipation, de participation citoyenne ou d’accès à l’emploi.

“Le problème ici, c’est que même ceux qui finissent l’école primaire n’ont pas accès au secondaire, car le lycée est encore plus loin. Alors ils arrêtent là”, explique un parent désabusé. Certains évoquent même des cas de filles enceintes en cours de cycle, faute de suivi éducatif et de sensibilisation.

Un appel à l’État congolais et aux partenaires éducatifs

La situation du secteur d’Isangila n’est pas un cas isolé. Elle reflète une réalité vécue dans de nombreuses zones rurales du Kongo Central et du pays tout entier. Mais elle reste un exemple frappant d’échec de la politique de scolarisation universelle.

Les communautés locales, appuyées par les jeunes journalistes engagés, lancent un appel solennel :
    •    À la construction de nouvelles écoles dans les villages de Lubuaku, Kilengo, et autres localités oubliées ;
    •    À la matriculation et la prise en charge salariale des enseignants de l’EP Lundu ;
    •    À la mise en place de transports scolaires adaptés, au moins pour les plus jeunes ;
    •    Et à une réelle reconnaissance des initiatives communautaires, notamment celles portées par les jeunes.

Conclusion : le silence n’est plus une option

Ce reportage, fruit d’une collaboration entre jeunes reporters locaux et membres de la communauté, veut faire entendre la voix des oubliés de l’éducation. Car dans un pays qui aspire au développement, il est inconcevable que des enfants risquent leur vie chaque jour pour aller à l’école, pendant que ceux qui les forment vivent dans l’ombre et la misère.

L’histoire d’Isangila est celle d’un combat silencieux pour l’avenir, un combat que l’État ne peut plus ignorer

 

 

 

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